SKK4

L’aventure est vraiment là car aujourd’hui, je ne pensais pas aller au fond de mes tripes, juste avant l’épuisement complet.

Au départ, Clara m’informe qu’elle doit aller à Osaka suite au mail de sa copine japonaise qui devait l’attendre à l’étape suivante. On se quitte, embrassades et hop me voici d’attaque!

J’étais prévenu de la difficulté du parcours, 4 à 6h de marche, des dénivelés ok!

Tout d,abord, en partant du Temple 11, dans les bois, qui seront mon décors de la journée marches d’escalier en pierre à n’en plus finir. Avec un léger sac à dos une rigolade, mais avec ma chariotte, c’est marche après marche pour un dénivelé de 400m, imaginez déjà la transpiration si on monte sur la Tour Eiffel (300m). Je transpire tellement que mes lunettes commencent à glisser sur le nez. Quelques plats et encore des marches troncs d’arbre, quelques chemins pentus pour un nouveau dénivelé de 200m!!!

J’étais à la moitié du parcours en 4h!!!

Je dose ma montée par des arrêts et du grignotage.

Descente rock‘ Roll, des grosses marches et évidemment en bas remontée (200m de dénivelé) non pas avec des marches, mais pire, des rochers, comme dans un torrent étroit et là je commence à réellement souffrir. Je tombe plusieurs fois sans gravité, c’est un signe évident de fatigue. J’encourage mon équipe, je chante, je transpire abondemment, je m’engueule en me disant « ah tu voulais SKK, tu pensais au 80% de marche sur de bitume comme disent les guides, et bien les 20% restants te disent bonjour!!!! ».

Après des pauses de plus en plus fréquentes, j’arrive enfin en haut devant un Boudha bienveillant.

C’est vrai, de son temps ma chariotte n’existait pas.

À noter, j’ai croisé deux pèlerins qui m’ont doublé et deux en sens inverse, bref la solitude retrouvée.

Je redescends allègrement, avec quelques passages difficiles et au bout de un kilomètre grand cri de la tortue Ninja « merrrrrrrrde merde merde merde, j’ai perdu mes lunettes!!!!!

Aussi important que ma tablette, bien qu’allant une paire de secours je reviens là où j’étais tombé , c’est à dire un bon kilomètre avant le sommet.

Donc je remonte sur un kilomètre je le redescend, évidemment sans ma chariotte que j’ai laissée sur le chemin sachant que personne à cette heure ne passerait.

Je cherche partout rien, au bout de cinq minutes, je renonce et remonte mon chemin en me disant « ce n’est qu’un paire de lunette, je vais laisser au Temple 12 mes coordonnées on ne sait jamais ».

La démarche lente en remontant, soudain je les vois, alléluia! Mon petit coeur bondit de joie et en arrivant en haut, respectueusement je salue le Boudha et lui laisse un billet de 1000 yens car il a dû entendre mon cri perçant.

Descente tumultueuse avec des obstacles que je ne connaissais pas. Je me disais que le parcours est aussi difficile dans l’autre sens, pas de regret.

Il est déjà 16h30, le temple n’est plus loin, 300 à 400m au plus…….à vol d’oiseau. Mais un oiseau ça vole et sur la carte, il y a 200m de dénivelé, et ça je ne l’avais pas vu au départ.

Évidemment, une succession infernale de rocs, des petits murs agrémentés de mousse, je transpire, je sens une grosse fatigue tout d’un coup. Mes arrêts sont de plus en plus fréquents et de plus en plus longs. Je redouble de précautions et comme dans un rêve je me vois au ralenti.

17h30, huit heures d’efforts ininterrompus, un épuisement complet et toujours pas de temple!!!

Je stoppe, car il est inutile d’aller plus loin, je n’ai plus de force et la nuit va arriver rapidement.

Problème suivant, je mange des fruits secs et au moment de boire, ma gourde est vide!

Pour moi c’est le pire scénario. Vous ne le savez pas chers lecteurs, suite à une opération, on m’a retiré toutes mes glandes salivaires et j’ai un besoin viscéral de boire, sinon tout se bloque dans ma bouche et un étouffement peut s’ensuivre, ah la la!

Où trouver rapidement de l’eau en plein bois?

De l’eau, elle coule en bas dans le torrent. Puisant dans ce qui me restait de force et guidé par l’instinct de conservation, descente de 50m de dénivelé. C’est dur de voir tous mes efforts de la dernière heure réduits à néant.

Arrivé au torrent, tel un animal s’approchant de l’eau, je savoure les premières gorgées salvatrices et j’en profite pour remplir le litre et demie de ma poche à eau, que j’avais déjà remplie deux fois dans la journée!

Il est bientôt 18h, pas d’endroit où dormir à moins de 5 kilomètres. Il est hors de question de faire un effort supplémentaire, je suis vidé après quasiment 1000m de dénivelé.

Il y a des maisons mais pas âme qui vive, tout est fermé.

Tout est fermé sauf une remise que j’ouvre avec un grincement du diable, pas de réaction!

La police japonaise est très stricte, n’allons pas mettre un deuxième français en prison!

Je ferme le portail. Je m’installe rapidement, mon futon gonflable, mon duvet, je mets mon gilet en plume, je retire mes chaussures, et je me glisse tout habillé dans mon duvet en me disant

Il fait nuit noire, demain il fera jour, on verra bien et hop je m’endors instantanément sans avoir mangé quoi que ce soit.

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